Lettre du Général(2S) CAUBEL à M. FABIUS

Général (2ème S.) Pierre CAUBEL

à

M. Laurent FABIUS
Ministre des Affaires Étrangères


Parmain, le 11 octobre 2013

Monsieur le Ministre,

Je viens de trouver, sur ma boîte mail, le texte de cette lettre qui vous est adressée par un expéditeur « anonyme ». Son auteur a sans doute de bonnes raisons de garder l’anonymat. Aussi, comme je partage à 95% ce qui y a été exprimé, je veux bien la reprendre à mon nom :

Monsieur le Ministre,

Ces hommes mourant sur des civières ne sont pas des déportés à Buchenwald ou Mauthausen, et pourtant avec des milliers d’autres camarades ils ont rejoint la longue cohorte des ombres et des martyrs de l’Histoire, qui appellent à un « devoir de mémoire » éternel et à l’indignation la plus vive, car le crime ici est resté impuni !

Ces soldats français font partie des prisonniers, torturés et assassinés dans les camps du Général Giap en Indochine, plus de 30000 n’en reviendront pas ! Puis ce sera le tour des américains, des supplétifs indochinois, des minorités ethniques et de tous ceux qui refusant le joug communiste seront persécutés jusqu’à nos jours. Nguyen Giap vient de mourir à l’âge de 102 ans, et je doute que la paix sera facile à son âme !

Car si ce général vietnamien a marqué l’histoire de son pays pendant 40 ans luttant successivement contre les japonais, les français et les américains… Il fut aussi et surtout un chef militaire impitoyable sacrifiant ses hommes sans vergogne en cherchant à écraser par le nombre l’ennemi, comme à Dien bien Phu en 1954, où la victoire n’est obtenue qu’après trois mois de combat et un effectif 10 fois supérieur en nombre !

Mais si Giap est le vainqueur incontestable de Dien Bien Phu (aidé par les généraux chinois, des erreurs stratégiques françaises et un abandon politique des soldats français) il est aussi et surtout le criminel de guerre qui organisa des camps de prisonniers qui furent le théâtre d’un programme d’extermination qui arriva jusqu’à 72% de taux de mortalité !!!

Bien sûr il ne s’agit pas ici de refaire l’Histoire, ou de réclamer le prix du sang, ni même jubiler ou de sourire à la mort de ce vieillard de 102 ans, ce ne serait qu’une minable et facile expression d’un sentiment de vengeance incongru. Une page de l’histoire se tourne et il est important de s’en souvenir pour ne pas avoir à la relire une nouvelle fois.

Ceci aurait dû être le « fait divers » banal d’un écho d’un passé mourant à l’aube de ce nouveau siècle.

Mais voilà que vous, Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, toute honte bue, léchant cupidement les pompes d’un pays émergent, faites l’éloge de cet assassin ! Chaque jour, votre indignation sélective nous mène à l’abreuvoir putride de la repentance communautariste, imposant votre vision partielle et donc partiale de l’Histoire.

Car cet éloge, qui est une injure aux victimes de Giap constitue bel et bien un nouvel acte de trahison intolérable digne des plus infâmes collaborateurs (mais il est vrai que la gauche avec Doriot, Darnand, Laval… a de l’expérience dans le domaine !)

Il y a un mois à peine, disparaissait Hélie Denoix de Saint Marc, résistant, déporté, ancien combattant d’Indochine et d’Algérie, écrivain humaniste de renom, Grand croix de la Légion d’Honneur. Cet homme, ce commandant de Légion, ce héros qui toute sa vie, sublima les souffrances vécues en leçons de sagesse et d’espérance… ce Français exemplaire, vous l’avez ignoré ! Méprisé ! Votre absence a brillé aux cérémonies officielles d’hommage qui lui ont été rendues.

Aujourd’hui j’ai honte de vous, de ce gouvernement de faquins et de cette France qui a oublié les chemins de la révolte et se laisse insulter et acheter par des criminels dont vous êtes les complices !

Je préciserai seulement que je suis un ancien d’Indochine, dans l’armée de l’air. L’avion que je pilotais a été abattu au-dessus de Dien-Bien-Phu par la DCA chinoise, quinze jours avant la chute de D. B. Phu. Je suis un ancien de la « longue marche » et du « Camp N°1″.

Vous êtes « Ministre de la République » et, conformément aux « valeurs de la République » si souvent exaltés par vos amis mais bien mises à mal par votre éloge à Giap, je suis tenu de vous adresser mes « respectueux sentiments ».

Sachez, cependant, qu’ils me restent un peu coincés dans le fond de la gorge.

Signé CAUBEL

Budget des armées: « De la poudre aux yeux »

Le général Vincent Desportes, ancien directeur de l’Ecole de guerre, déplore l’absence de vrais choix de la loi de programmation militaire (LPM).

Le ministre de la Défense a détaillé jeudi sa loi de programmation militaire. Au menu, régime sec et 23 500 suppressions de postes qui font grincer les dents des soldats.


Est-ce un bon budget pour la défense?

Clairement non. Les annonces faites hier sont les signes précurseurs d’une dégradation de notre outil de défense, que la loi de programmation militaire accélère. En neuf ans, nous subissons une déflation de 23 500 personnels, lesquels s’ajoutent aux quelque 10 000 autres de la précédente LPM. Sur la période 2008-2019, les armées auront perdu 80 000 hommes, un quart de leurs effectifs ; c’est considérable. Le ministre affirme que la défense serait sanctuarisée. Or je note qu’elle va assumer 60% des suppressions de postes prévues au budget 2014, alors qu’elle représente 10% des emplois publics de l’Etat. En matière d’équipements, sur la même période, elle aura perdu la moitié de sa capacité d’action conventionnelle. Il existe un paradoxe très net entre le Libre blanc d’un côté, qui revendique la reconstruction de notre autonomie stratégique et la LPM de l’autre, qui diminue les cibles de nos capacités de projection stratégique.

Pourtant, dans le budget, les crédits dédiés aux équipements progressent, passant de 16 à 16,5 milliards d’euros…

C’est de la poudre aux yeux. Car le budget est préservé en valeur : cela signifie qu’il supporte pleinement le coût inflation. Il manque en réalité un milliard d’euros. Le projet de loi fait aussi un pari risqué, en prévoyant l’exportation de 40 avions de chasse Rafale. Si ces ventes devaient se réaliser trop tard, ou pis, si elles n’ont pas lieu, ce sont 4 milliards d’euros que la France devra assumer. Autre risque majeur : le budget est bâti, en recettes, sur la perspective de ressources exceptionnelles très élevées. Sans vouloir faire de procès d’intention, il y a peu de chances que l’Etat parvienne à engranger ainsi 6 milliards d’euros au cours de la LPM. J’ajoute que le gouvernement ne pourra pas compter, dans l’immédiat, sur les réductions d’effectifs. On l’a vu avec l’exercice précédent : dans un premier temps, les départs des personnels coûtent de l’argent. Enfin, la baisse du budget aura un impact sur les prises de commandes, déjà faibles. En termes d’emplois, les industriels de l’armement estiment que cela devrait se traduire par la perte de 10 000 emplois directs et autant d’emplois induits. Et encore, à condition que la trajectoire financière soit respectée. 300 à 400 PME, les plus vulnérables, devraient disparaître, sur les 4000 entreprises que comporte le secteur.

Que faut-il en déduire sur le plan stratégique?

La LPM comporte plusieurs défauts majeurs :

1. Un manque d’épaisseur stratégique. Nous aurons de plus en plus de mal à conduire, dans la durée, plusieurs interventions à la fois sur plusieurs théâtres. Les armées resteront capables de mener des opérations courtes, ponctuelles et techniques comme au Mali. Lors de l’opération Serval, les forces se sont engagées avec du vieux matériel parce que les équipements de bon standard étaient en Afghanistan.

2. La cohérence capacitaire constitue la force des armées. Or nous avons des failles en matière de transport stratégique, d’avions de ravitaillement, de renseignement par drone et d’armes de destruction des défenses anti-aériennes (Sead). Nous allons recevoir 15 Airbus A400M au lieu des 50 prévus initialement. L’armée de l’air doit se contenter de 2 avions ravitailleurs modernes contre 12. Un effort est fait sur le renseignement, très bien. Mais rien sur les armes Sead. Conséquence : notre dépendance vis-à-vis des Américains va s’accroître. La cohérence globale est dégradée. On voit bien qu’avec un contrat opérationnel fixé à 15 000 hommes et à 45 avions de combat, la France ne pèse plus rien : son armée devient une force subalterne.

Vraiment ?

Des choix n’ont pas été faits. La LPM saupoudre les moyens et construit une armée bonzaï. Elle reste théoriquement capable d’agir sur tout le spectre des conflits ; mais, en fait, elle ne l’est pas. Il fallait réduire notre appareil de dissuasion nucléaire, qui engloutit, chaque année, 10% des crédits consacrés aux investissements et de l’ordre de 20% du budget global. Notre outil de défense se retrouve déséquilibré, avec un appareil nucléaire hypertrophié et des forces conventionnelles sous-dimensionnées.

(Par LEXPRESS.fr, publié le 04/10/2013)

Réflexions du général (2S) Bentegeat

Afghanistan, Libye, Mali, Syrie peut-être demain, nos armées volent d’un engagement à un autre, heureuses et fières de servir, oubliant, dans l’ardeur des opérations, les perspectives moroses de la loi de programmation militaire ; ignorant surtout la révolution silencieuse qui bouleverse l’organisation du ministère de la défense et pourrait, si l’on n’y prend garde, ébranler les fondements de l’institution militaire.

La place et le rôle des chefs militaires au sein de ce qui fut longtemps le ministère des armées ont été parfois contestés au cours des dernières décennies. La haute fonction publique, soutenue par les cabinets et le contrôle général des armées, a toujours lorgné vers les postes de responsabilité de ce ministère atypique.
Le général Lagarde, il y a 30 ans déjà, disait aux stagiaires de l’Ecole de Guerre : «  on aurait tort de n’y voir qu’un conflit d’intérêts corporatistes. Ce sont deux visions qui s’affrontent : d’un coté, la notre, la subordination de toutes les activités à la préparation opérationnelle, de l’autre, celle des civils, le primat de la gestion budgétaire. Cette dernière approche peut séduire, car elle est plus perméable aux pressions politiques… ». Nous n’en crûmes pas un mot. Nous avions tort.

La relève des généraux par des hauts-fonctionnaires à la tête d’institutions, comme le SGDN ou la DGSE, aurait pu nous alerter, mais le caractère interministériel de ces postes pouvait expliquer le changement de portage.

Surtout, en parallèle, le développement de l’interarmisation recentrait les armées et le ministère sur leur raison d’être, la préparation et la conduite des opérations. La guerre du Golfe avait montré l’urgente nécessité de dépasser les intérêts particuliers de chaque armée (Terre, Marine et Air) en les subordonnant aux impératifs des opérations interarmées. Et, depuis vingt ans, nos engagements incessants dans les Balkans, en Afrique, au Moyen-Orient et en Afghanistan avaient progressivement donné une place centrale, au sein du ministère, au chef d’état-major des armées.

Consacrée par les décrets de 2005 et 2009, cette évolution stabilisait et consolidait la charnière politico-militaire en donnant au CEMA les moyens d’exercer son rôle de conseiller militaire du gouvernement.

Certains s’en étaient inquiétés, craignant que le ministre de la défense peine à imposer son autorité à un « proconsul » trop puissant. C’était ignorer le poids incontournable, au sein du ministère, du Délégué général pour l’armement, assis sur son socle industriel et social, et du Secrétaire général pour l’administration, détenteur des leviers de la finance et de la gestion.

La défiance de principe à l’égard du loyalisme des officiers est non seulement infondée mais surtout incompréhensible pour des générations de militaires élevées dans le culte de l’obéissance républicaine. A une époque tristement marquée par l’affaire Dreyfus et l’affaire des fiches, Jaurès avait fait litière de ces accusations en démontrant la constance de la soumission des chefs militaires aux responsables politiques.

Aussi les vraies raisons qui conduisent aujourd’hui à retirer au chef d’état-major des armées une part importante de ses responsabilités pour les confier à des fonctionnaires civils se résument-elles dans une formule lapidaire : « il faut recentrer les militaires sur leur cœur de métier ». En clair, les généraux ou amiraux seraient des techniciens du combat, peu aptes à gérer des hommes, des finances, des relations internationales, voire des services logistiques.

Cette vision réductrice de la fonction militaire va à l’encontre de traditions millénaires qui exaltaient les rôles de stratège, d’administrateur ou de logisticien comme autant de facettes indispensables au bon exercice du métier des armes.

Elle est surtout antinomique des exigences des conflits modernes où l’intelligence de situation, à tous les échelons, requiert une vision large, bien au-delà de la maitrise technique des armes, où le dialogue international est la règle, où l’administration d’un secteur, le contact avec la population et la manœuvre logistique sont des facteurs essentiels du succès.

L’évolution sémantique est révélatrice des changements de mentalité. Venues d’Europe du nord où le refus de la guerre et la foi absolue dans le « soft-power » ont marginalisé les armées, certaines expressions, ignorées dans le monde anglo-saxon, se sont imposées progressivement en France. « L’outil militaire » ou « l’expert militaire » renvoient à une vision technicienne du métier des armes. La tentation d’y recourir est d’autant plus grande que la haute technologie est présente partout sur les théâtres d’opérations.

On en vient à oublier que ce sont des hommes et des femmes qui conçoivent et conduisent ces opérations, qui endurent et qui souffrent et qui risquent leur vie ou leur intégrité physique pour protéger leurs concitoyens.

La prudence et la réversibilité s’imposent donc dans la mise en œuvre de réformes qui peuvent affecter profondément l’exercice futur du métier des armes. Dans un système où les chefs militaires n’auraient plus la capacité d’influer sur les choix majeurs des responsables politiques, on prendrait le risque d’une triple évolution, souvent constatée dans les pays européens où les militaires sont tenus en suspicion : syndicalisation, politisation des élites et découragement des meilleurs.

Dans l’univers aseptisé des officiers « recentrés sur leur cœur de métier », on ne rencontre, bien sûr, ni Napoléon, ni De Gaulle, mais c’est aussi Foch, Lyautey, Leclerc ou De Lattre à qui on ferme la porte.

Henri BENTEGEAT
Ancien chef d’état-major des armées

Tristes murs et fierté!

Pourquoi en ce moment parler de murs plus que du Livre blanc, effectivement la question est légitime. Le « Livre blanc » est une réalité immatérielle et il faut un peu de temps pour l’examiner et à l’usage on s’aperçoit qu’il est souvent plus virtuel que ces murs qui soulèvent l’indignation.

Il est des grands murs qui ont concentré contre eux la force, la puissance, comme le Mur de l’Atlantique. Barrage à finalité stratégique du régime nazi face aux nations alliées qui se préparaient à libérer l’Europe, il fut finalement transpercé. Les restes de béton qui touchent nos côtes sont l’illustration d’un mur honni.

Le mur de Berlin, aussi célèbre que le précédent pour une série de générations, était le symbole de l’ignominie pendant une trentaine d’années. Souvenons-nous de la joie de tous les Européens au moment de sa chute en novembre 1989. Il a été largement détruit et les dernières centaines de mètres sont protégées pour que soit gardé en mémoire que des hommes et un régime communiste ont pu élever un mur de la honte.

Il est des murs anonymes, blanc, rouge, vert ou jaune ou simplement gris. Il est des murs immatériels comme le mur du son que peu connaissent, ce dernier est simplement imaginé par des foules de braves terriens.

Le mur du « son » existe aussi dans sa traduction humoristique rendue célèbre par un canard bien connu et pas si méchant que cela.

Et enfin il y a ce mur « des cons » qui vous rend triste après avoir provoqué la stupéfaction et je dois dire aussi l’indignation. Comment un syndicat de magistrats a-t-il pu dévisser à ce point ?! Les juges sont comme les officiers au service de notre pays, je le pense et c’est sans doute vrai pour leur majorité mais alors les autres ?! Stupéfaction, indignation, tristesse. J’espère que cette affaire aura des suites. L’ignoble a été atteint quand j’ai vu, comme vous, que ces juges-là avaient « cloué au pilori » un de nos camarades touché dans sa chair et qui œuvrait pour éviter qu’un tel crime puisse se répéter.

Où sont donc les vertus cardinales de la prudence, de la tempérance, du courage et de la justice ?!

Heureusement il y a cette fierté de ces hommes et femmes, soldats, gendarmes et aviateurs, engagés au Mali qui depuis plus de quatre mois donnent une image réconfortante de notre armée combattante et donc de la France. Cette fierté n’est pas uniquement celle de leurs familles, des associations sympathisantes mais généralement celle d’une très grande majorité de Français.

Comme deux chercheurs civils qui se sont longuement exprimés dans le célèbre journal du soir je regrette profondément les diminutions d’effectifs qui s’annoncent et nous pouvons, en effet, être fiers du rôle social joué par les régiments qui forment des soldats mais aussi des hommes et des citoyens. Nombre de ceux qui sont venus de quartiers défavorisés et parfois hors de tout contrôle, trouvent dans nos régiments cette « éducation à la vie qu’est le savoir être ». Qu’il est dommage que l’Etat ne comprenne pas que notre Armée de Terre, outre sa force combattante, apporte ce complément de « lien social » absolument indispensable si on ne veut pas d’un fractionnement définitif de notre société.

Les membres des forces armées, contrairement aux magistrats (qui pourtant jugent au nom du peuple Français), ne peuvent se syndiquer, ne peuvent adhérer à un parti politique et c’est bien ainsi. Pour autant il ne faudrait pas que, par facilité, l’Etat réduise toujours plus un corps, une institution (la grande muette ?!) toujours disciplinée et à l’entier service de la Nation. La comparaison peut apparaitre rude et même si elle n’est pas raison elle exprime la montée de la tension dans une communauté particulièrement attachée à ce que la France garde toute sa place dans le monde.

« L’intelligence porte au pessimisme et la volonté à l’optimisme »  je veux bien le croire et dans cet esprit je veux vous renvoyer vers le site http://www.saint-cyr.org/fr/communication-du-g2s-dossier-n-7,article-376.html pour que vous puissiez lire les excellents articles des généraux Faugère, Desportes et Renard.

Voir clair, l’exprimer et poursuivre sans cesse, c’est notre rôle à tous !

Général de corps d’armée (2S) Dominique DELORT – Président de la Saint-Cyrienne

Notre armée qui disparaît !

Illusion d’optique ?

Comme il fallait s’y attendre, le Livre blanc qui vient de paraître affiche une nouvelle réduction des capacités militaires dont disposera notre pays dans les années à venir.
Ce sont une rupture et un risque majeurs qui ne doivent pas passer inaperçus.
Dans moins d’une décennie, la France pourra-t-elle encore garantir son indépendance et son intégrité territoriale, assurer seule sa défense, protéger sa population sur son sol et ses ressortissants à l’étranger, maintenir son statut de puissance à l’ONU, dans l’OTAN ou même en Europe ? Rien n’est moins sûr.

L’armée sacrifiée

Les militaires d’active, comme les anciens qui connaissent et comprennent les réalités opérationnelles, ou encore le nombre croissant de Français qui sont de plus en plus conscients des menaces intérieures et extérieures, ne sont pas dupes de l’artifice qu’a constitué la rédaction du Livre blanc.
Ils constatent que le monde s’arme, que l’instabilité au sud de la Méditerranée se développe, que la violence n’a pas de frontière, et que l’Europe de la Défense n’existe pas.
C’est sans doute pour ces raisons que les élus de la Nation ont déclaré qu’il ne fallait pas réduire le budget de la Défense déjà jugé « juste insuffisant ». Le faire entraînerait à leurs yeux une rupture irréversible de notre outil de défense qui ferait glisser notre pays dans une situation de vulnérabilité immédiate, de dépendance stratégique inacceptable et d’abandon de toute politique d’influence au niveau mondial.
Notre engagement militaire au Mali a d’ailleurs confirmé que la crédibilité internationale de la France et sa position de leader stratégique en Europe reposent d’abord sur sa capacité militaire à évaluer une situation, à décider et à agir, très rapidement si nécessaire, en toute indépendance.

L’armée silencieuse

Mais au-delà des réductions de budget et de format, c’est la présence de l’armée dans la Nation qui s’estompe au point de disparaître. Or comment un pays peut-il maintenir, voire renforcer son esprit de défense et sa résilience en cas de crise si la population ne connaît plus l’armée et ne voit plus ses militaires que le 14 juillet.
Déjà, 40% des départements n’abritent plus de garnison ou de base. Les forces armées, aux maigres effectifs, sont soumises à un tel rythme d’activités – périodes d’entraînement, d’opérations extérieures, de remise en condition et stages multiples – qu’elles sont rarement présentes dans leurs garnisons. L’armée devient invisible aux yeux des citoyens.
Plus encore elle est inaudible. La grande muette n’a jamais porté aussi bien son nom.
Comment se fait-il que le chef d’état-major des armées, qui commande 250 000 hommes dont 5 000 engagés dans une opération audacieuse, n’ait jamais été l’invité du 20h de TF1 ou de France 2 pour expliquer aux Français le déroulement de l’opération Serval ?
Pourtant le succès de cette opération remarquablement conçue par l’état-major des armées, conduite par des chefs militaires de grande valeur et réalisée sur le terrain par des soldats aguerris, revient aux seules armées et non à un cabinet ministériel, fût-il de la Défense !
Il revient donc aux chefs militaires du plus haut niveau de s’adresser aux Français dans les médias. Les civils autant que les militaires ne comprennent plus ce silence. Il en va de la bonne information de nos concitoyens mais aussi de la confiance que la troupe place dans le haut commandement.
Qui peut et doit parler de Serval et des autres opérations que conduit partout dans le monde l’armée française, mieux que ceux qui en assurent le commandement effectif ?
Enfin, alors que l’armée est perçue comme l’une des rares institutions régaliennes en qui les Français ont confiance, et au moment où les états-majors démontrent leur efficacité grâce leur capacité d’adaptation, d’innovation et de décision, des études sont menées au sein du ministère de la Défense pour transférer des responsabilités assumées à ce jour par des officiers généraux à des technocrates sans expérience opérationnelle.
En quoi ces transferts de responsabilités se justifient-ils ? Quelle efficacité accrue peut-on en attendre alors que le système Louvois (système informatique assurant la rémunération des militaires), piloté par des contrôleurs des armées, n’est toujours pas opérationnel et sans doute pas prêt de l’être ?
Ne s’agit-il pas en fait de marginaliser l’armée dans la Nation et de réduire la place des militaires dans la société française?

Le combat de l’ASAF

L’ASAF croit que l’armée demeure l’élément central de l’Etat dont la Défense est le premier devoir, et qu’elle constitue une dimension essentielle de l’identité de la Nation. Elle estime que soutenir l’armée aujourd’hui, c’est servir la France et garantir son avenir. C’est pourquoi elle a décidé de s’opposer en dénonçant les dérives qui affaiblissent nos armées.
Elle demande aux élus de la Nation, comme le souhaite d’ailleurs aujourd’hui une majorité de Français, de refuser les abandons annoncés, et de placer l’intérêt supérieur du pays qui s’inscrit dans le long terme avant la seule logique financière et les calculs politiques de court terme.
L’ASAF, en faisant connaître leurs déclarations et leurs votes, soutiendra les élus courageux mais dénoncera avec vigueur ceux qui se refuseraient par lâcheté à préserver l’outil de défense.

Association de Soutien à l’Armée Française (Lettre 13/05)

EVOLUTION DES RESERVES ?

La professionnalisation des armées, conséquence différée de la disparition du Pacte de Varsovie, a mis fin à l’existence d’unités de réserve mobilisables par obligation ou par la contrainte légale. Depuis, le système des réserves1, fondé sur le volontariat, demeure d’un faible effectif et survit sous une forme incertaine dans sa finalité. Beaucoup de discours avantageux accompagnent ce nouveau dispositif sans pour autant lever les doutes sur l’objectif recherché et les moyens de l’atteindre.

Le constat après quelques années d’errance reste modeste. Le système dans son ensemble privilégie l’emploi de réservistes incorporés au sein des états-majors métropolitains, pour quelques individualités détentrices de compétences particulières ou rares, ou dans des organismes hautement spécialisés comme le commandement des opérations spéciales ou la direction du renseignement militaire, à partir de recrues repérées pour leurs compétences spécifiques à haute « valeur ajoutée » dans le milieu civil. Certaines d’entre elles peuvent espérer partir en opérations. Des trois armées, l’armée de terre, seule, met sur pied des unités de réserve du niveau de la compagnie au sein de ses régiments, mais elles souffrent d’un sous-effectif chronique en militaires du rang pour prétendre jouer un rôle pleinement opérationnel. Elles manquent aussi d’une définition précise d’un cadre d’action et de missions, en dehors de la participation au plan Vigipirate ou d’engagements en opérations extérieures, lesquels restent marginaux (Bosnie et Afrique). En revanche, la gendarmerie nationale poursuit une politique dynamique et attractive qui porte ses fruits en offrant à ses réservistes des missions opérationnelles dans un cadre réel au sein de ses brigades territoriales.

Il faut bien comprendre qu’aujourd’hui l’armée professionnelle a été conçue sans dépendance vis-à-vis de la réserve pour ses interventions extérieures, en dépit d’un discours parfois contraire répandu par complaisance. Le principe qui a conduit à fonder l’armée professionnelle au regard d’interventions de projection hautement sensibles et complexes reste valide. Les opérations interarmées qui se déroulent désormais dans des contextes internationaux, médiatisés et judiciarisés requièrent la parfaite maîtrise de systèmes d’armes de plus en plus élaborés et l’exemplarité de comportements individuels et collectifs. Cette maîtrise repose sur une éducation et une formation intenses poursuivies par un entrainement long, rigoureux et contraignant qui sont autant de conditions qui ne peuvent se trouver réunies lors d’un parcours de réserviste soumis aux aléas des présences facultatives et, de toute façon, limité dans le temps au mieux à une ou deux dizaines de jours par an…

A contrario, en cas d’événement grave et exceptionnel sur le territoire national qui exigerait le déploiement de forces terrestres importantes, les réserves devraient constituer un renfort naturel et nécessaire2. Il se pourrait, en effet, que les unités d’active soient déjà engagées sur un théâtre extérieur, ou que le niveau des besoins excède le contrat 10.000 hommes donné aux forces terrestres ou tout simplement qu’il dépasse, en raison de l’intensité de la crise3, les capacités de l’armée d’active, laquelle n’est plus en mesure désormais de couvrir l’ensemble du territoire national.

La restauration d’une réserve opérationnelle crédible relève d’une décision avant tout politique, expression d’une volonté traduite par une mission clairement définie, des moyens financiers et matériels à hauteur de la mission et une organisation territoriale pertinente qui existe déjà, on peut le penser, avec l’Organisation territoriale interarmées de défense (OTIAD). Bien sûr, le préalable de la formation du réserviste et de son entrainement – qui reposent sur les conditions matérielles de mise sur pied de la réserve – suppose une révision au fond du dispositif législatif4 encadrant la réserve et une contribution des unités d’active qui ne doit pas rester anecdotique.

Le territoire national sur lequel les « déserts militaires » ne cessent de s’étendre, reste exposé à de multiples risques dont l’actualité quotidienne nous fournit de nombreux exemples. Le recours à une réserve territoriale, recrutée, instruite et entrainée dans cette optique permettrait d’y faire face sans porter atteinte aux capacités des armées.

Du coup, le lien entre les armées et la nation – creuset de l’esprit de défense – objectif second d’une réserve, serait naturellement entretenu en dépit de la réduction continue des effectifs militaires.

Concernant les moyens matériels et financiers, les armées sont régulièrement invitées à regarder les exemples américain ou britannique. Il convient d’aller au bout de la démarche pour constater que ces nations diffèrent de la nôtre ; leur rapport à l’armée relève d’une autre essence, nourrie d’une mentalité notoirement civique et d’une empathie naturelle de la sphère étatique. C’est le constat aussi d’un effort budgétaire sans commune mesure avec le nôtre en faveur de la réserve et de la Garde nationale pour les Etats-Unis, ou de la Territorial Army au Royaume-Uni. Cette dernière nation – dont la taille de l’outil militaire est comparable à celle du nôtre – consacre annuellement, en effet, dix milliards d’euros de plus que la France à sa défense. L’essentiel est dit.

Le vivier d’une réserve de qualité existe au sein des jeunes générations qui ne manifestent aucune prévention envers la chose militaire, au contraire de leurs anciens de la génération précédente. Il suffirait simplement de donner à la réserve opérationnelle une finalité militaire claire et les moyens financiers et matériels qui n’ont jamais réellement existé, même du temps de la menace soviétique.

A tout le moins, faut-il se garder de prendre prétexte – parmi les recommandations toujours possibles du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale – d’un effort sur la réserve, surtout si ses conditions d’existence n’évoluent pas radicalement, pour diminuer encore à l’avenir le format des armées. Ce serait une grossière erreur.

Général (2S) Jean-Marie Faugère

Cercle de Réflexion G2S

1 Les réserves sont constituées de la « réserve opérationnelle » et de la « réserve citoyenne ». Cette dernière est un cas particulier d’autant plus que le substantif « réserve » peut être considéré comme inapproprié à cette catégorie de personnel.

2 Comme nous l’avons exposé dans notre dossier n° 1 de février 2012.

3 Rappelons le tsunami au Japon : 100.000 hommes…

4 En particulier, les lois de 1999 modifiées en 2006.

ASSEMBLEE GENERALE DE L’ENTENTE PATRIOTIQUE DE LA REUNION

Dépôt de gerbes au monument aux morts de Saint-Pierre

Les 24 associations adhérentes à l’Entente Patriotique de La Réunion se sont réunies en assemblée générale  le samedi 16 février 2013 dans le bureau des anciens combattants de Saint-Pierre, Salle René CASSIN.

Cette assemblée a été l’occasion pour le président délégué quittant, le major(h) Jean-Pierre LEBLANC, président de l’ACOMAR Réunion, de faire le point sur les actions communes de l’année 2012. Le CV(r) Patrick BOUTEILLER, président de l’ACORAM Réunion, a pris le relais pour 2013. Cette assemblée a été suivie d’un dépôt de gerbes au monument aux morts des disparus de la Grande Guerre puis d’un déjeuner convivial, en présence de certaines épouses, au restaurant La Cafrine.

Le CV(r) BOUTEILLER, nouveau président délégué remercie les porte-drapeaux présents

La Légion a sauté sur Tombouctou! Le 2e REP largué au nord de la ville

L’EMA-COM a annoncé qu’une opération aéroportée (la première depuis 2007) a eu lieu ce matin, 28 janvier, à Tombouctou.

Qui a sauté sur la ville? Le REP, bien sûr.

Le 2e REP, dont 200 hommes ont gagné le Mali la semaine dernière, était en Guépard TAP; ce qui d’ailleurs l’avait empêché de partir en premier (c’était le 2e RIMa aussi en Guépard qui avait été projeté).

Ce lundi matin, un largage par 2 C-130 et 3 C-160 a eu lieu au nord de la ville de Tombouctou pour verrouiller les accès. Une compagnie « très renforcée du REP » a sauté avec succès. Elle est partie d’Abidjan où elle avait été pré positionnée.

Simultanément, le GTIA21eRIMa qui arrivait par l’ouest (il avait quitté Niono vendredi) a pris le contrôle de l’aéroport de Tombouctou. Ces forces terrestres (600 hommes) ont été appuyées par les hélicos du GAM et des avions Atlantique et des drones.

A Gao, après l’attaque des forces spéciales de samedi matin, un poser d’assaut a été effectué par une compagnie du 1er RCP arrivée « discrètement » de Côte d’Ivoire.

A Dakar, le BPC Dixmude vient d’arriver et commence à décharger son fret dont des dizaines de véhicules qui vont prendre la route du Mali.


Assemblée générale de l’ACORAM Réunion

La section « Réunion » de l’ACORAM s’est réunie en assemblée générale ordinaire le dimanche 27 janvier 2013 à l’Iloha (Saint-Leu). Le CV(r) Patrick BOUTEILLER a été réélu pour 3 ans à la présidence de la section, L’IC1ETA(ER) Gabriel BOYER conserve sa fonction de Secrétaire-Trésorier et le Médecin(ER) Jean-Luc OLIVIER devient le nouveau vice-président de l’association. Après les traditionnels rapports « moral et financier », des informations Défense, Marine et Réserves ont été présentées aux membres. L’assemblée générale a été suivie d’un déjeuner convivial en présence des familles.

Photo de famille

Grandeur et décadence…

Le monde est complexe et dangereux

Il est loin des « blocs » que nous avons connus des décennies durant, aussi bien que de la « fin de l’histoire » que l’on nous annonçait voici vingt ans, et encore plus loin de la «paix définitive » qui aurait permis « d’engranger les dividendes de la paix » chers à des hommes à la courte vue.

Ce monde, notre monde, reste dangereux. Comme les « prophètes »que personne n’écoutait dans les années 1930, je ne cesse de dire que le décuplement des dépenses militaires en Extrême-Orient depuis dix ans devrait nous inciter à mieux surveiller les diminutions insensées que subissent les nôtres. Dans l’Histoire en effet les mêmes causes produisent les mêmes effets et il y a donc tout à craindre des abandons qui se produisent chez nous.
Mais encore faudrait-il voir le monde comme il est et non comme beaucoup voudraient qu’il soit.
Méfions-nous du « prêt à penser »
Il est presque toujours faux et ordonné à des fins peu recommandables.

Non le Kosovo n’est pas meilleur après la campagne qu’y ont conduite les alliés en 1999, montée suite à une incroyable guerre d’intoxication médiatique diabolisant les Serbes et présentant les Albanophones comme des anges persécutés…
Il en résulta la fondation du premier pays[1] presque totalement mafieux du continent européen, dont la population originelle, serbe, a été sans pitié chassée de chez elle dans le silence des médias ; ses monastères détruits et ses maisons incendiées.

Non l’Afrique d’aujourd’hui ne vit pas mieux que du temps de la colonisation, à commencer parce que l’esclavage (personne ne le dit) et les massacres ethniques sont répartis de plus belle et que bien des Etats officiellement constitués sont en faillite aussi bien financière que politique.

Non la Libye d’aujourd’hui n’est pas meilleure que celle d’hier, puisque au demeurant elle n’existe tout simplement plus, et que son tyran a été remplacé par d’autres, en plus grand nombre.

Non la démocratie occidentale n’est pas applicable à tous les continents et à tous les pays. D’abord parce que ce n’est pas un système unique (voyez comme la nôtre est différente de celle des Etats-Unis ou d’Israël, ou bien encore de la Grande-Bretagne) ; ensuite parce que ce système politique ne peut s’épanouir qu’au sein de peuples voyant la personne comme un individu et non comme une partie d’un tout (sociétés personnalistes contre sociétés holistiques)…
A ce sujet j’ajoute que la conscience individuelle n’est apparue qu’avec l’enseignement de Jésus qui a considéré chaque individu comme une entité séparée de la tribu , ayant le droit d’exister ,de raisonner et de juger autrement que collectivement selon les codes établis par les chefs tribaux et religieux imposés à tous .De ce point de vue Jésus a essayé de délivrer un message libérant l’être humain de l’asservissement à des dogmes .appliqués au pied de la lettre par des malheureux qui ne savaient pas qu’il y avait d’autres chemins
Malheureusement les disciples de Mahomet sont encore , au XXI ème siècle , maintenus dans ce genre de dépendance,incapables d ‘adapter leur conduite,en restant cramponnés au discours d’un autre âge , le suivant aveuglément …et rêvant de nous l’imposer avec la complicité de nos gouvernants ce n’est pas demain la veille que nous verrons le changement ! Dans les grandes question du monde…
…n’oublions jamais de considérer le paramètre démographique.
Il est capital et le silence des médias et des analystes sur ces sujets en dit long sur l’aveuglement, qui ne peut qu’être volontaire, de nos élites autoproclamées.

Ainsi, quel est l’avenir de l’Allemagne, qui aura perdu sept millions d’habitants en 2030 et se verra peuplée en grande partie de ressortissants d’origine turque ? Sera-t-elle-la même ?
On sait que l’islam confond la sphère publique et la sphère privée en refusant absolument de distinguer « Dieu » et « César ». Or, cette distinction est à la base même des systèmes démocratiques.

Enfin, oublie-t-on qu’une population peut être chassée de chez elle, ou se voir remplacée par une autre, les autochtones se retrouvant alors comme étrangers sur leur propre sol ?

Sans remonter à la diaspora juive du premier siècle, pensons aux Coptes d’Egypte, aux chrétiens de Turquie et d’Asie (20% de la population en 1900 alors qu’ils sont aujourd’hui 0,02%, soit mille fois moins) ou bien encore aux Serbes du Kosovo, déjà cités (90% de la population en 1900 et moins de 10% aujourd’hui) !

Hors les idéologues, qui peut être assuré qu’en France, nous sommes à l’abri de tels phénomènes ?

Refuser d’examiner la question sous couvert de mots en « isme » est singulièrement irresponsable.

Or, entendons nous que l’on pose cette question ? Non.

Considérons aussi l’incroyable effondrement démographique de nos voisins Italiens et Espagnols et tentons d’imaginer ces deux pays dans trente ans ! « Il n’est de richesse que d’hommes », dit le proverbe.

Que sera la civilisation occidentale si, dans trois siècles, des touristes visitent nos cathédrales sans que personne ne puisse leur expliquer le sens d’un Christus pentocrator dont ils contempleront la sculpture sur le tympan, ainsi que cela se passe pour les églises de Cappadoce, alors que plus aucun chrétien ne vit aux alentours ?

Rien n’est définitif dans l’histoire des hommes, pas plus le tracé des frontières que les peuples qui s’abandonnent et
doutent d’eux-mêmes. Enfin, cessons de nous croire à l’abri des menaces militaires…
… au motif que nous possédons d’admirables sous-marins nucléaires.
La guerre est bien de retour et le fracas des combats des Balkans, maintenant assourdi, nous rappelle qu’elle peut s’inviter dans des contrées européennes très proches, et pourquoi pas chez nous ? Qui peut ignorer que si tout le monde (tout le monde, sauf nous !) réarme sur la planète, c’est bien pour quelque raison !

Et l’Europe, direz-vous !

Fort bien, mais l’Europe n’est sur le plan militaire qu’une addition de faiblesses, vous le savez. Ajouter des faiblesses à d’autres faiblesses n’a jamais constitué une
force mais bien une faiblesse plus grande encore[2] !

Comme le disait, je crois, Roosevelt au moment de la Grande dépression, puis au début de l’engagement américain dans la 2e guerre mondiale, « Ce que nous devons craindre le plus au monde, c’est la peur elle-même ». Or, l’histoire nous enseigne que les populations qui ont peur de la mort sont celles qui disparaissent de la surface du globe.

Notre manière « d’évacuer » la mort de la vie sociale est effrayante en elle-même, car un jour ou l’autre nous devrons combattre pour notre vie, et donc la risquer. Ne pas s’y préparer c’est nous assurer de perdre cette vie à coup sûr.

Cela s’appelle la lâcheté, qui n’a jamais attendri aucun adversaire déterminé ; jamais, bien au contraire.

Rappelons-nous avec honte que certaines erreurs peuvent être commises puis recommencées : la République naissante déclara la guerre illégale en 1791 et se trouva en conflit avec l’ensemble de ses voisins deux ans plus tard. En 1928, à la Société des Nations, cet ancêtre de l’ONU, le « Pacte Briand-Kellog » déclara la guerre « criminelle » à la face du monde. Onze ans plus tard aussi bien la France que la Grande-Bretagne étaient acculées à une mobilisation générale dans des conditions désastreuses, pour aboutir à ce que l’on sait : l’occupation de toute l’Europe sauf la Suisse, et aussi les camps de concentration. Nous n’avions pas voulu lire Mein Kampf, non plus que méditer les pensées de Lénine et voir les camps soviétiques, qui mèneraient l’un à Katyn et l’autre à Treblinka ou Sobibor.

« Le droit sans la force n’est rien, la force sans le droit c’est la tyrannie » disait à peu près Pascal.

Souvenons-nous-en.

Enfin, je voudrais insister sur le sens des mots. Discutant avec plusieurs d’entre vous pendant la session j’ai une nouvelle fois constaté que les mots n’avaient souvent pas le
même sens pour l’un et pour l’autre. Je pense à un échange récent sur le mot République dont mon partenaire me disait que « Pour lui la république c’était… ».
Or, là est le danger : nous n’avons pas à dire que « Pour nous » un mot veut dire telle chose ; nous devons au contraire nous référer à sa définition exacte sinon plus aucun échange n’est possible.

Reprenant l’exemple de la République, je lui disais que celle-ci se définit par trois critères et seulement trois : Un gouvernement collégial, qui obéit à des lois, et dont le mode de succession n’est pas dynastique. Un point c’est tout.

La république romaine était-elle démocratique ? Non, mais c’était tout de même une république.

Donc, ne confondons pas les mots les uns avec les autres.
Ainsi de la démocratie[3], qui peut parfaitement trouver sa place dans un système monarchique comme en Grande-Bretagne et ainsi de suite.

À notre époque où le dialogue semble érigé à la hauteur de vertu et de principe cardinal des relations sociales, travaillons donc à ce qu’il qu’il soit possible au travers de mots employés dans leur juste sens. Nous aurons alors fait un grand pas vers la clarté et de saines relations
interpersonnelles.

J’insiste : cette question de la précision du vocabulaire est absolument essentielle si l’on y réfléchit bien.

En conclusion :

-Il nous faut chasser l’idéologie, quelle qu’elle soit ; de « droite » ou de « gauche ». C’est une maladie mortelle de l’esprit car elle fait voir la réalité au travers de systèmes
d’idées, qui sont autant de lunettes déformantes.

A l’idéologie il faut opposer le principe de réalité qui veut que les choses soient ce quelles sont, que cela nous plaise ou non. Alors on peut agir en espérant ne pas trop se
tromper.

Il n’y a pas de bons camps de concentration (cubains, nord-coréens, chinois) dont on ne parle jamais, et de mauvais, les nazis, dont il faut sans cesse se souvenir.

Il y a eu et il y a des camps de concentration où des innocents sont morts et meurent encore dans des
conditions atroces.

Il n’y a pas l’antisémitisme, évidemment condamnable, des « néonazis », et sa variété excusable, celle des « islamistes », qui est passée sous silence. Il y a l’antisémitisme (qui d’ailleurs est un antijudaïsme), un point c’est tout.

Au nom de quoi devrait-on condamner « l’islamophobie » si l’on ne le fait pas de la « papophobie » ou de la «
christianophobie » ? A-t-on vu un chrétien Chaldéen ou un Melchite se faire sauter dans une mosquée d’Irak ? Un seul ?Dès lors, comment mettre sur le même pied « les » intégrismes?

Il existe quand même une différence de nature entre un zélateur d’Al Quaeda et un Mormon, je crois.

Distinguer souverainement le bien du mal, ne pas mettre à égalité le bon et le mauvais s’appelle aussi : Liberté.

-Il nous faut être convaincus que la France est et reste une grande puissance. Du moins si elle continue de ledécider.

Aujourd’hui, combien de pays ont-ils une représentation diplomatique dans le monde comparable à la nôtre ? Un seul.

Combien de pays disposent-ils de sous-marins lanceurs d’engins totalement conçus, fabriqués, maîtrisés par leur gouvernement
national dans le monde ? Trois, et pas la Grande-Bretagne.

Combien de pays disposent-ils de porte-avions de premier rang à catapulte avec une flotte aérienne adaptée, moderne et entrainée ? Deux.

La France est au premier rang de toutes les grandes négociations mondiales, elle dispose d’un siège de membre permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, ses avions volent dans tous les cieux de la planète. Elle est au premier rang de la technique, de l’art, de la littérature.

Elle est au premier rang des pays possédant un patrimoine multiséculaire, admirable et entretenu.

Elle est au premier rang de certains travaux de recherche, elle inonde une partie du monde de son rayonnement culturel, artistique, commercial, d’influence, et ce depuis neuf siècles sans discontinuer !

Quand la France parle, on l’écoute, parfois on la jalouse et on la brocarde de temps en temps, mais on l’écoute et sonmessage est souvent reçu. C’est un fait.

Cependant… restons modestes et cessons de donner des leçons au monde entier, car, comme d’autres, nous n’avons pas que des qualités. Le blanc de notre drapeau n’est hélas pas immaculé. Nous avons aussi de graves défauts : nous sommes souvent arrogants, légers, hâbleurs, désunis, insupportables.

Nous voulons répandre les Droits de l’Homme sur le monde, mais nous avons inventé le génocide sous le terme de populicide, puis l’avons mis en œuvre en Vendée en 1793. Nous sommes (avecraison) pour la tolérance religieuse, mais… des Dragonnades de Louis XIV[4] aux « baptêmes républicains » de Carrier à Nantes ou aux lois d’Emile Combes en 1905[5], nous savons aussi persécuter nos concitoyens pour leurs convictions religieuses…

Cependant et tout bien considéré, soyons fiers de ce que nous sommes, mais avec mesure.

Soyons fiers de notre héritage multiséculaire, en ayant conscience de ce que nous sommes les « débiteurs insolvables » des richesses léguées par nos ancêtres.
Nous ne pourrons jamais rembourser cette dette, qui nous oblige.

Mais soyons aussi convaincus que cet héritage est fragile et peut s’effondrer en quelques années, voire quelques mois si des événements dramatiques venaient à se produire et auxquels nous n’aurions pas fait face à cause de notre impréparation, de notre inconscience, ou par inconsistance ou imprévoyance.

Voyez comme s’est écroulé l’Ancien régime en quelque semaines[6], ou encore le tsarisme, le communisme, la Vienne
impériale, sans parler des empires romain, moghol, khmer ou aztèque…

Ce formidable patrimoine, notre patrimoine (matériel et
immatériel) est fragile et se trouve entre nos mains.

Alors restons vigilants et combattons les idées dangereuses pour l’avenir, tout en travaillant d’arrache-pied à l’unité de
notre nation, qui en a de jour en jour plus besoin.
Nous savons de mémoire séculaire, depuis Bouvines pour le moins, que la France unie est victorieuse des défis.
Désunie elle se dissout et, qui sait, pourrait disparaître.
Cela ne se doit pas.

Gal(2S) Alexandre Lalanne-Berdouticq

[1] Grand comme un département de chez nous : 10 000 km2 et un million d’habitants…

[2] Dix estropiés au départ d’un cent mètres olympique ne feront pas un champion !

[3] Dont la caractéristique essentielle est que le siège de la souveraineté se tient « dans la personne du peuple », qui délègue ou non son autorité à des mandataires (démocratie directe ou indirecte).

[4] Contre les Protestants

[5] Contre les Catholiques

[6] Il a succombé à des crises multiples et simultanées : économique avec des dettes abyssales et une fiscalité
inopérante et injuste, une défiance du peuple dans ses élites qui ne le représentaient plus, l’incapacité du système à se réformer et un pouvoir impuissant qui refusait de voir la réalité. Comparons avec aujourd’hui…