La France est en deuil !

Unissons-nous pour lutter contre l’obscurantisme !


Commémorations du 70ème anniversaire du 8 mai 1945 à La Réunion

Décoration Officier ONM du CV(r) Patrick BOUTEILLER

Les commémorations du 8 mai 1945, marquant la capitulation de l’Allemagne et la fin de la Seconde Guerre mondiale, ont été nombreuses hier dans l’île. Dans le Nord, deux ont eu lieu à Saint-Denis, dont celle de plusieurs associations d’anciens combattants place de la Libération dans l’après-midi. Le rendez-vous officiel s’est déroulé place de la Victoire devant le monument aux morts à partir de 10 heures.

Autorités préfectorales et militaires, politiques, associations d’anciens combattants et quelques dizaines de badauds ont assisté à la lecture d’une lettre du maréchal de Lattre de Tassigny et à celle du secrétaire d’État aux anciens combattants.

L’hymne a résonné à plusieurs reprises et la Marseillaise a été chantée par une chorale d’enfants devant les troupes composées d’un dispositif interarmées (gendarmerie, RSMA, base navale et détachement air). Outre les traditionnels dépôts de gerbe, des enseignes et décorations ont été solennellement apposées.

Trois Réunionnais, ayant combattu dans les Forces Françaises Libres et dans les Forces Françaises Intérieures pendant la Seconde Guerre mondiale, ont reçu l’insigne de la légion d’honneur des mains de Dominique Sorain, le préfet. Il s’agit de David Rivière, Jean-Olivier Dauphin et Robert Hérault. Le commandant supérieur des FAZSOI, Franck Reignier, et le commandant de la gendarmerie ont décoré de la médaille militaire les majors Gora, Aubertin et Saint-Eloi, ainsi que les adjudants chef Dagois, Marchandeau et Lambert. L’adjudant Godin fait également partie de cette liste.

Par ailleurs, le capitaine de vaisseau Bouteiller a été reçu dans l’Ordre National du Mérite (officier). Le commandant d’escadron Meyblum, lui, a été fait chevalier de l’Ordre National du Mérite. Enfin, l’adjudant-chef Grangé du Peloton de gendarmerie de haute montagne a été décoré de la médaille d’or de la Défense nationale pour acte de sauvetage.

Arrivée des autorités rue de la Victoire

Journal de l’Île de La Réunion du 9 mai 2015

Affaire SANGARIS

Le point de vue d’un militaire en contre-poids à la désinformation…

J’ai un petit avantage sur ceux qui écrivent ou pérorent sans trop rien connaître de la réalité de cette affaire : je suis à Bangui depuis longtemps, je connais le contexte général, les lieux et nombre des acteurs en cause. Je suis en outre ce qu’on pourrait appeler un « vieux soldat » qui en a pas mal vu, notamment en Afrique, et je pense être capable de poser un regard un peu plus discursif que d’autres sur tout cela.
Pour aider à se faire une idée sur cette affaire, je vais articuler mon propos entre l’exposé de quelques faits objectifs, celui de quelques interrogations liées à ma connaissance du sujet RCA,  et enfin celui de mon avis – par nature subjectif – sur certains points.

Des faits
Le camp de Mpoko, proche de l’aéroport, est situé à un endroit où par la géographie des lieux plusieurs forces internationales ont pu avoir contact avec les occupants : avec beaucoup de soldats africains ce sont la MISCA (force interafricaine) puis la MINUSCA (force ONU) ; avec beaucoup de soldats français et/ou européens ce sont SANGARIS (force française) et EUFOR (force européenne).

Il faut alors très précisément s’intéresser aux dates des faits, parfois à 24 heures près, car ces forces avaient ou pas mandat d’être là en protection, parfois proches les unes des autres, parfois au fil des relèves, parfois sur un mode différent entre le jour et la nuit, parfois en renforcement temporaire l’une l’autre, etc… tout cela au profit d’une sécurité toujours précaire à assurer avec des effectifs toujours contraints. Tout cela pour dire que savoir exactement qui était à tel endroit à telle période est bien difficile, surtout quand la période avancée ici et là court de décembre 2013 à juin 2014 selon les sources.
Le commandement SANGARIS et donc l’Etat-major des armées à Paris ont connaissance des allégations le 29 juillet 2014. Ils réagissent aussitôt, conformément aux lois et usages (enquête de la Gendarmerie Prévôtale, enquête de commandement, action de Justice). Mais considérons bien qu’à ce moment-là, les acteurs qui restent 4 mois en RCA ont déjà pu être relevés 2 fois sur la durée évoquée : pas facile de les trouver quand un flou total règne sur les dates de commission des faits.
En RCA, si l’on veut bien admettre qu’un mineur en grande difficulté dans un camp de déplacés est prêt à accepter un acte sexuel contre une boîte de ration, ce qui est sans doute très malheureusement vrai, on voudra aussi bien admettre que le même est prêt à dire ou témoigner de n’importe quoi contre une somme dérisoire remise par celui qui aurait besoin ou intérêt à la production d’un tel témoignage.

Des interrogations

Pourquoi une ONG ayant connaissance de ce type de comportement n’en réfère pas immédiatement au commandement de la force en cause ? Il existe des modalités de contact très rodées et connues de tous les humanitaires entre les forces et les ONG (cluster humanitaire), cela aux fins de partager l’information et d’assurer une nécessaire coordination des actions. Etrange de préférer « faire des rapports et des entrevues d’enfants » plutôt que de communiquer cela le plus rapidement possible aux autorités locales (alors notoirement déficientes, hélas !) ou, plus sûrement, au commandement de l’une ou l’autre des forces en cause.

Pourquoi cette affaire de nature à fragiliser le rôle de la France en RCA sort-elle via un média anglo-saxon juste avant l’ouverture du « Forum de Bangui », une étape clé de la gestion de la crise en RCA ? Car il faut savoir que le rôle et les options françaises rencontrent des oppositions politiques, c’est bien naturel, et qu’un récent « processus de Nairobi » a été refusé par la France et la RCA au grand dam d’acteurs internationaux parlant généralement anglais…

Des avis
Il y a sans doute eu quelque chose de bien sordide, hélas ! aux abords de ce camp. Mais qui et quand ? Celui qui dirait de façon péremptoire, selon les cas,  que jamais un soldat français, ou européen, ou onusien ne saurait commettre de tels actes n’aurait pas mis les pieds sur le terrain depuis bien longtemps… C’est malheureusement possible. Nature humaine…
Admettons donc une réalité des faits allégués. Maintenant, quand l’heure de la punition arrive, il faut frapper. Il faut certes frapper fort, mais surtout juste. Or quid des preuves ou des éléments scientifiques tangibles ? Peut-on imaginer ce qu’est le camp de Mpoko à la période considérée ? Une zone de non droit, d’insécurité et de misère humaine absolue. En plus, livrée à de fortes manipulations politiques de par des groupes ethniques rivaux, parfois hostiles à la position politique française.
Je m’amuse ainsi, si je puis dire, de voir depuis quelques jours les « témoins oculaires » complaisamment produits par RFI ou France 24. C’est à pleurer de voir ces faux témoins notoirement stipendiés par des groupes armés courir, en superbe polo et casquette hip-hop totalement incongrus à Mpoko, face aux micros et caméras pour dire n’importe quoi. Car c’est ainsi en RCA, on crée le chaos, les gens crèvent dans les camps, mais on continue la politicaillerie et les manipulations, et cela aux frais de ces braves internationaux, civils et militaires, français en tête, assez gentils pour venir assurer un minimum vital et sécuritaire. Venir dans ce barnum faire une enquête façon « Les experts » avec combinaison blanche immaculée, pipettes et jolie tresses marquées « police » est une simple vue de l’esprit. Cela continue d’être, je le suppose, la difficulté de ceux en charge du dossier, juge comme gendarmes OPJ : quelle matérialité ? Quelles preuves ? Quelles traces ADN ?

Pourquoi avoir « caché » l’affaire depuis juillet 2014 ? Mais alors là, pardon de penser avec les Antiques et les juristes que « nul n’est censé faire état de sa turpitude »… Quand on a si peu à communiquer, il n’est pas choquant du point de vue militaire français de la fermer, surtout que rester discret ne veut absolument pas dire de rien faire, cette affaire me semble emblématique à ce sujet.

Au total
Près de 10 000 soldats français sont passés en RCA depuis décembre 2013.
14 à 16 seraient impliqués dans une affaire sordide par ailleurs immédiatement traitée par le commandement de SANGARIS, par l’Etat-major des armées et par la justice française dès qu’ils en ont eu vent.

Une fois les faits avérés et l’enquête terminée, s’il y a des coupables, nul doute que viendra le temps des sanctions qui seront judiciaires, mais aussi statutaires et disciplinaires pour ainsi punir à trois titres ces militaires, c’est à dire bien plus que ne le serait un civil. C’est ainsi.

14 à 16 salopards (encore potentiels) sur 10 000 hommes. Total 0,14 à 0,16% de comportements inadmissibles… C’est évidemment encore trop, mais :
· à rapprocher des milliers de vies centrafricaines sauvées par SANGARIS partout en RCA ;
. à rapprocher des 3 morts et 120 blessés de SANGARIS tombés pour ce faire ;
· à rapprocher de ce que vient de montrer l’Education Nationale qui semble simplement changer de classe ses pédophiles pourtant avérés…
Voilà ce que je voulais apporter à ceux qui me liront, pour les convaincre que cette triste affaire n’échappe pas à la règle de l’arbre qui cache, hélas ! souvent la forêt. En l’occurrence, ces 14 à 16 salopards, s’ils existent, auront pollué l’image des 10 000 autres dont l’action en RCA est unanimement reconnue comme ayant été des plus positives.
Vous pouvez, si vous le souhaitez, diffuser et retransmettre ce billet d’humeur…”
Général (2S) Philippe BENY
Conseiller militaire du Chef d’Etat
Bangui – RCA

Procès verbal de l’Assemblée Annuelle 2015 de l’Entente Patriotique de La Réunion

A l’invitation de son président délégué Jocelyn CEUS, l’Entente Patriotique de La Réunion a tenu son Assemblée annuelle (AA) le samedi 14 mars 2015 à 10h30 dans la salle d’honneur Joseph BELDAN des anciens combattants à l’Entre-Deux, et elle aura regroupé 14 participants :

Sur les 24 Associations qui font partie de l’Entente Patriotique :

-          13 étaient présentes par leur président ou son représentant;

-          1 était représentée par une autre association;

-          2 s’étaient excusées;

-          8 n’avaient pas répondu à l’invitation.

La feuille de présence figure en annexe 1 au présent PV.

Après avoir vivement remercié les participants, et notamment ceux venus de Saint-Denis en dépit de la fermeture de la route du littoral, le président Jocelyn CEUS, qui a succédé lors de l’AA du 16 février 2014 au CV (r) Patrick BOUTEILLER, rappelle que l’Entente Patriotique de La Réunion constitue une structure informelle de concertation entre les associations qui en font partie, qui vise à partager des valeurs communes de patriotisme et de citoyenneté, à participer au devoir de mémoire, à défendre des points de vue communs lorsque les circonstances l’exigent, et à contribuer au renforcement du lien Défense-Nation chaque fois que cela paraît utile.

Il  passe ensuite à l’examen de l’ordre du jour, qui comporte trois points :

1-      Bilan des actions conduites depuis le 16 février 2014

- 16 février 2014 : AA de l’Entente Patriotique à l’Entre-Deux et désignation d’un nouveau président délégué;

-           10 avril 2014: inauguration du Fortin de la Redoute;

-          19 mai 2014 : réunion à l’Entre-Deux  pour définir la conduite à adopter suite à l’annonce de la présence du drapeau algérien sur les Champs-Elysées lors du défilé du 14 juillet 2014;

-          9 juillet 2014 : participation à une réunion d’information au Conseil général sur le projet : « parrainage de 4 000 jeunes Réunionnais » ;

-          2 septembre 2014 : prise de fonctions du nouveau préfet de La Réunion, M. Dominique SORAIN;

-          5 février 2015 : prise de fonctions du nouveau secrétaire général de la préfecture, M. Maurice BARATE;

-          participation à deux réunions destinées à préparer l’organisation de réunions patriotiques et à diverses cérémonies patriotiques;

-           participation à plusieurs présentations à l’étendard du RSMAR dans différentes communes de l’île.

Outre ce rappel chronologique, Jocelyn CEUS rappelle les principales actions phares auxquelles il aura participé en sa qualité de président délégué :

-          contribution à hauteur de 300 € au projet  « Mémoire australe de la Grande Guerre » piloté par l’ONAC et M. Jean-Claude RIDOLCE, président du Cercle des Crédits Résolus;

-          contribution à hauteur de 300 € à la publication de l’ouvrage d’Emilien Pierre VITRY consacré à ses souvenirs de Dien Bien Phu;

-          participation en présence de plusieurs présidents d’associations patriotiques et de sections d’anciens combattants à la réunion organisée au Conseil général sur le projet de cette collectivité « parrainage de 4 000 jeunes Réunionnais ».

Lors des échanges qui ont eu lieu au cours de l’examen de ce premier point, plusieurs questions ont été soulevées :

-          il conviendrait de mettre à jour la liste des membres de l’Entente Patriotique, car plusieurs listes circulent;

-          certains participants ont regretté que cette AA du 14 mars n’ait pas fait l’objet d’une réunion préparatoire, comme cela avait été précédemment le cas;

-          comme le prévoit la Charte que nous avons tous signées, tous les membres de l’Entente doivent accepter lorsqu’arrive leur tour (ordre alphabétique des associations) d’assurer la présidence déléguée ; or, cette année, trois présidents ont refusé successivement d’assumer cette responsabilité, ce qui n’est pas normal.

2-      Bilan financier

Jocelyn CEUS rappelle que l’Entente Patriotique n’ayant pas la personnalité morale, elle ne dispose pas de compte bancaire. Il souhaite donc que les cotisations dues par chaque association (20 €/an) soit versée en numéraire.

A la date du 14 mars 2015, la situation financière se présente comme suit, tant en recettes qu’en dépenses :

Recettes

Au titre de 2014, les recettes s’élèvent à 460 €, dont  100 € par chèques qui n’ont pas été encaissés par le président délégué.

La date de validité de ces chèques ayant expiré, les 5 associations concernées seront donc invitées par Jocelyn CEUS à faire parvenir à Bernard SALVA, président délégué entrant, un nouveau chèque libellé à son ordre et posté à l’adresse suivante :

AR 27 IHEDN océan Indien

BP 40517

97471 SAINT-DENIS CEDEX

Au titre de 2015, 160 € ont été encaissés en espèces et 60 € par chèque, dont 1 libellé au nom de l’Entente patriotique, qui ne pourra pas donc être encaissé ! L’association concernée est l’Union Fédérale des anciens combattants et victimes de guerre, qui devra donc adresser un nouveau chèque (cf supra).

Dépenses

Celles-ci se sont élevées à 700,17 €.

A la date du 14 mars 2015, le solde de l’Entente s’élève à 691,83 € dont 531,83 € en espèces et 160,00 € en chèques non encaissés.

Quitus est donné au président délégué de ce bilan financier.

3- Passation de la présidence déléguée

Après avoir remercié l’ensemble des participants, Jocelyn CEUS passe le témoin de la présidence déléguée à l’AC1AM (er) Bernard SALVA, président de l’AR 27 IHEDFN océan Indien.

Après avoir vivement remercié le président sortant de son action au cours de son mandat, Bernard SALVA souhaite rendre un hommage appuyé aux trois « pères fondateurs » de l’Entente qui a été créée en 2008 :

-          le général (2S) Yvon LUCAS

-          le CV (er) Jean-Pierre CHOTTIN

-          le LV (r) Michel KOWALCZYCK

Il rappelle que l’Entente regroupe aujourd’hui 24 associations, totalisant environ 2 000 membres.

Compte tenu du contexte de crise que connaît La Réunion, il pense que l’Entente a vocation à devenir une force de propositions, ce qui suppose d’abord que nous nous connaissions mieux. A cet effet, il adressera prochainement à tous les membres une fiche à renseigner destinée à mieux connaître chaque association (nom, date de création, objet, nombre d’adhérents…).

Il formule ensuite une seconde proposition qui s’inscrit dans la perspective des prochaines élections régionales, et qui pourrait se traduire par l’envoi, le moment venu, à chaque tête de liste d’un questionnaire sur des sujets en lien direct avec nos préoccupations et les valeurs qui nous animent.

Il présente quelques questions (parmi sans doute bien d’autres) qui pourraient être soumises à ces têtes de liste :

-       êtes-vous en faveur du retour du service national (80% des Français y sont favorables) et si oui, sous quelles formes ?

-       êtes-vous favorables à la réouverture de l’Ecole militaire préparatoire ou à la création de tout établissement de même nature ?

-       êtes-vous disposés à financer la mise en place au sein de l’Université de La Réunion d’un enseignement (niveau master) consacré à la défense et à la sécurité nationale ?

-       êtes-vous disposés à financer la mise en place d’un programme régional de service civique destinés aux jeunes de 16 à 25 ans ?

-       êtes-vous favorables à la création d’un prix régional de la défense et de la sécurité nationale qui serait décerné à la suite d’un concours organisé dans tous les lycées de l’île ?

-       tout comme il existe des correspondants communaux de défense, êtes-vous favorables à la désignation parmi les élus d’un correspondant régional de défense ?

Lors du tour de table qui a suivi, ces deux propositions ont recueilli l’accord de principe de l’ensemble des participants, et deux autres points ont été évoqués :

-       mieux diffuser l’information aux membres de l’Entente Patriotique;

-       rappeler aux absents que la présence à l’AA est obligatoire, deux absences consécutives pouvant entraîner la radiation.

Plus personne ne demandant la parole, Bernard SALVA remercie vivement les participants et lève la séance à 12h30.

Jocelyn CEUS                                                            AC1AM (er) Bernard SALVA

Président délégué quittant                               Président délégué prenant

Assemblée annuelle 2015 de l’Entente Patriotique de La Réunion

Le samedi 14 mars aura lieu l’assemblée annuelle de l’Entente Patriotique de La Réunion à l’Entre-Deux. Rendez-vous est fixé à 10h30  dans la salle d’honneur « Joseph Beldan »- 1, place de la Liberté (à proximité du monument aux morts). L’assemblée générale, qui verra Bernard Salva succéder à Jocelyn Céus comme président délégué de l’Entente Patriotique, sera suivie d’un déjeuner convivial au restaurant « Les Longanis » à l’Entre-Deux.

Baisse du budget : «Ce sera sans nous» avertissent les chefs d’état-majors

Dans une démarche rarissime, les quatre chefs d’états-majors (Armées, Terre, Air, Marine) font savoir qu’en cas de baisse des crédits militaires, ils pourraient déposer leurs képis et leurs casquettes.

Un témoin les a vus « calmes, raisonnés et sereins », mais « déterminés ». Les quatre chefs d’états-majors (Armées, Terre, Air, Marine) n’entendent pas avaler une nouvelle réduction du budget de la défense, réclamée par Bercy dans le cadre du plan d’économies de 50 milliards d’euros. « Ce sera sans nous », ont assuré au moins deux des quatre hauts gradés, sachant que le troisième est sur le départ. Et le quatrième, « très grognon », pourrait lui aussi poser sa casquette… Les quatre hommes – les généraux Pierre de Villiers (chef d’état-major des armées), Denis Mercier (air), Bertrand Ract-Madoux (terre) et l’amiral Bernard Rogel – se sont vus le mardi 13 mai à 17 heures, lors d’une réunion du Comité des chefs d’état-major (Cocem) qui s’est tenu à l’îlot Saint-Germain à Paris. Selon un proche du dossier, une vingtaine d’autres officiers généraux – dont de nombreux quatre étoiles – ont fait part de la même détermination. Du jamais vu, même s’il y a un fossé entre une menace de démission et une démission effective.
Le président de la République, chef des Armées, en a été informé dès le lendemain, mercredi 14 mai. Depuis lors, le secrétaire général de l’Elysée Jean-Pierre Jouyet, peu familier de ces dossiers, s’est saisi du problème et consulte beaucoup. L’Elysée semble avoir compris que l’affaire était sérieuse – « ce n’est pas pour rire » confie une source – et qu’une parole présidentielle, la seule qui 22/5/2014 Baisse du budget : «Ce sera sans nous» avertissent les chefs d’état-majors compte vraiment en la matière, était attendue par la communauté de défense.

Qu’on ne s’y trompe pas : même s’ils désapprouvent farouchement une nouvelle réduction des moyens et des ambitions militaires de la France, les chefs d’états-majors ne contestent pas au pouvoir politique élu le droit de prendre une telle décision. Tous ces officiers sont républicains et l’ont prouvé à maintes reprises.
Ils jouissent de la confiance du gouvernement : Pierre de Villiers vient même d’être nommé chef d’état-major des armées, le 15 février. Le problème n’est pas là : ils estiment, à raison, qu’une nouvelle baisse des crédits remettrait en cause les arbitrages de l’an dernier, formalisés dans un Livre blanc, et la Loi de programmation militaire votée par le Parlement en décembre 2013, il y a moins de six mois.
Après avoir participé à l’élaboration de ces deux textes, les chefs d’états-majors considèrent s’être engagés personnellement auprès de leurs troupes et de leurs subordonnés pour les convaincre, non sans mal, d’accepter les nouvelles réductions de format et de budget. Depuis des mois, ils font la tournée des
garnisons, pour porter la bonne parole dans un climat morose, assurant aux militaires que cette fois-ci, les promesses seraient tenues. « On a donné notre
parole » expliquent-ils. Ils ne veulent pas se trahir, d’autant qu’ils savent que leur légitimité serait immanquablement mise en cause par la troupe.
Il ne s’agit pas non plus d’une fronde contre le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian. Bien au contraire. Les chefs militaires savent combien, en 2013, celui-ci s’est battu pour obtenir des arbitrages de l’Elysée favorables à la Défense contre les projets de Bercy et de Matignon. Dans le contexte politique et budgétaire d’alors, les décisions de l’an dernier sont « certes, les pires depuis de nombreuses années, mais dans le même temps, les moins mauvaises que l’on pouvait espérer » nous confie un général cinq étoiles. A la base, Jean-Yves Le Drian est un ministre populaire, qui passe bien dans la troupe, où l’on apprécie qu’il ait mouillé sa chemise pour tenter de régler le problème du paiement aléatoire des soldes.

Selon nos informations, Jean-Yves Le Drian n’aurait pas été mis dans la boucle des premières réunions entre Bercy et Matignon. Le ministère du Budget réclamerait une réduction des crédits de la défense d’au moins six milliards sur trois ans, certains évoquant même 9 milliards avec la suppression des recettes exceptionnelles. Un coup de rabot de 7 % environ sur un budget de plus de 31 milliards d’euros. Bercy reformule ainsi le « modèle Z », qu’il souhaitait imposer fin 2012 lors de la préparation du Livre blanc, avant que l’Elysée ne retoque cette idée en mars 2013, la jugeant incompatible avec les ambitions stratégiques de la France. Mais Bercy ne renonce jamais et s’emploie à obtenir le soutien de l’Hôtel Matignon, où Manuel Valls n’a pas de conseiller Défense à son cabinet.

Le Premier ministre est resté très flou, lors de son interview du 16 mai à Europe 1 : « La loi de programmation militaire reste totalement valable » mais « ça ne veut pas dire qu’il ne peut pas y avoir ici ou là des ajustements », a-t-il avancé. «C’est un peu tout et son contraire » juge un proche du dossier. Le 17 mai, une réunion à l’Elysée entre François Hollande et Manuel Valls, n’aurait débouché sur aucun arbitrage.
Après la sortie, le 11 mai, du député UMP Xavier Bertrand, dénonçant une baisse des crédits militaires, puis les propos ambigus et peu rassurants du ministre des Finances Michel Sapin et ceux du chef du gouvernement, Jean-Yves Le Drian semble avoir été personnellement « affecté » voire « déstabilisé», selon des témoins. Très impliqué dans les dossiers internationaux, il serait reparti à l’offensive pour son budget, avec un goût amer dans la bouche. On se souvient du rôle important qu’il a joué dans la nomination de Manuel Valls à Matignon, ne serait-ce qu’en refusant le poste que lui proposait le chef de l’Etat, dont il est l’un des plus proches depuis plus de trente ans.

Dans le même temps, les grands patrons de l’armement (Airbus, Dassault,DCNS, MBDA, Nexter, Safran, Thales) ont mis en garde l’Elysée des conséquences « dramatiques » que de nouvelles coupes budgétaires auraient sur leurs activités et l’emploi, sachant avoir un allié important en Arnaud Montebourg. Les milieux parlementaires, notamment les deux présidents des commissions de la défense de l’Assemblée et du Sénat, Patricia Adam et Jean- Louis Carrère, sont montés au créneau. Tous ont expliqué à l’Elysée que l’on était « au bord de la rupture ». Un proche du dossier explique : « On veut être certain que le Président est bien informé de la gravité de la situation : dans le contexte politique actuel, est-il prêt à assumer la démission de ses chefs d’états-majors. »

(Article paru dans sur l’opinion.fr le 22 mai 2014)

Réponse de Kader ARIF à l’affaire Jean ZAY

Le ministre délégué aux Anciens combattants Kader Arif a répondu, vendredi 14 mars 2014, au Comité d’entente des associations patriotiques s’opposant au prochain transfert des cendres de Jean Zay au Panthéon :

« Vous avez publié un communiqué pour exprimer votre désaccord sur l’entrée au Panthéon de M. Jean Zay, ancien Ministre, combattant de la Deuxième Guerre mondiale, assassiné en juin 1944 par la Milice parce que, patriote, il avait fait le choix de la seule vraie France, celle des valeurs de la République dont il fut un grand serviteur.

Vous fondez votre position sur un poème écrit par Jean Zay en 1924. Ce texte écrit dans sa jeunesse, à l’âge de 19 ans, n’était pas destiné à la publication. Il émerge en 1932 lors d’une campagne électorale et il est communiqué à la presse locale d’extrême droite qui en fait un argument censé prouver l’appartenance de Jean Zay à l’« anti-France ». Bien que Jean Zay s’en soit alors expliqué devant la Chambre des Députés, il est utilisé par une extrême droite profondément antisémite pour dresser son procès politique. II est ainsi publié en 1934 par la presse antisémite, celle-là même qui deviendra collaborationniste après la défaite, et ressurgira à chaque étape de la carrière de Jean Zay alors même qu’en votant le budget de la Défense nationale, il manifestait son refus du pacifisme, sa lucidité et sa fermeté face aux périls extérieurs auxquels la France allait devoir faire face.

Dès octobre 1940, les mêmes tentèrent de faire le procès d’une personnalité pourtant si viscéralement attachée à la France. C’est en effet Vichy qui le condamne à la dégradation et à la déportation, après avoir condamné à mort le général de Gaulle par contumace le 2 août 1940. À travers Jean Zay, c’est un régime politique qui était visé, la République.

Pourtant tout dans le parcours de cet homme exemplaire devrait vous convaincre de sa légitimité pour entrer au Panthéon.

Je n’évoquerai pas ici sa carrière de député, de Ministre de l’Éducation nationale. M’adressant à un Président d’association d’Anciens combattants, je me contenterai de revenir sur son parcours militaire.

Inscrit dans la tradition illustre d’un Abel Ferry pendant la Première Guerre mondiale, et de tant d’autres républicains, Jean Zay démissionne en 1939 de son poste au Gouvernement pour être enrôlé dans l’armée non par obligation, mais par amour de la France. Il écrit à cette époque : « Je désire partager le sort de cette jeunesse française pour laquelle j’ai travaillé de mon mieux au gouvernement depuis quarante mois. Je demande donc à suivre le sort normal de ma classe ». Il intègre le commandement du train pour la IVearmée comme sous-lieutenant. En juin 1940, refusant la défaite comme René Cassin qu’il rencontre à Bordeaux le 20 juin, comme le Général de Gaulle qui vient d’en appeler à poursuivre la lutte avec l’Empire et les Alliés, il décide d’embarquer sur le Massilia afin de poursuivre le combat depuis l’Afrique du Nord. Il y est notamment le compagnon de voyage d’Édouard Daladier, de Pierre Mendès-France, de George Mandel, un autre grand Ministre, une autre victime de la Milice.

Ainsi donc, Jean Zay aura été un grand patriote et un grand Républicain. Il réunit d’ailleurs aujourd’hui les Républicains de droite – ainsi François Fillon en 2004 lui rendit-il hommage –, comme de gauche.

Je suis certain que l’évidence des mérites de Jean Zay vous conduira à reconsidérer la position que vous avez exprimée, et que vous serez sensible à l’incompréhension qu’elle a pu susciter chez les nombreux Français qui sont attachés à cette figure patriotique. »

Kader ARIF

Transfert des cendres de Jean Zay au Panthéon

Depuis la Révolution, 75 hommes et femmes ont été honorés par la Nation pour avoir marqué l’histoire de France. Les choix ont été difficiles à faire et parfois des familles s’y sont opposées comme celles de Péguy et de Camus. 
Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillion et Jean Zay devraient faire leur entrée au Panthéon le 27 mai 2015, lors de la journée nationale de la Résistance, selon la déclaration faite par le Président de la République lors de son discours en hommage à la Résistance, le 21 février 2014 au Mont Valérien. 
Les trois premiers sont des résistants et répondent à l’objet de cet hommage, il n’en est pas de même pour Jean Zay. Certes il a été interné avant d’être lâchement assassiné en juin 44 mais tant d’inconnus et de célébrités sont morts les armes à la main ou dans des camps d’extermination, après des faits de résistance, que cela ne fait pas de lui un héros. Il n’y a pas si longtemps à propos du capitaine Dreyfus l’ancien garde des Sceaux, Robert Badinter, déclarait : « Dreyfus est une victime, certes d’un courage exceptionnel, mais une victime, et le propre du héros c’est d’avoir le courage de choisir son destin ». Jean Zay est une victime. 
En cette année du Centenaire de la Grande guerre la provocation est ailleurs. Elle est immense, elle est inoubliable. L’auteur ne l’a jamais reniée, l’aurait-il fait qu’il est des fautes inexcusables, celle de l’atteinte au symbole par excellence de notre patrie, de notre pays, de notre nation, le Drapeau. 
Il faut avoir entendu ou lu : «… Terrible morceau de drap coulé à ta hampe, je te hais férocement, Oui, je te hais dans l’âme, je te hais pour toutes les misères que tu représentes… Que tu es pour moi de la race vile des torche-culs ….». 
Nous condamnons totalement un éventuel transfert des cendres de Jean Zay au Panthéon. Il est des injures qui ne se rachètent pas et qui ne peuvent s’oublier au moment de prétendre au Panthéon. 
Certains diront qu’à 20 ans il a commis une faute et qu’il était bien jeune mais 20 ans c’est déjà assez vieux pour mourir pour la France pendant la Grande Guerre, la Résistance et la Libération, aujourd’hui lors des opérations extérieures, en Afghanistan, au Mali, en RCA ! 
Il est hautement préférable de transférer les cendres d’un Résistant, d’un Français Libre, d’un Soldat de la 1ère armée, métropolitain ou « indigène », inconnu, aux côtés de ceux qui sont la mémoire de la France. Les Français s’y retrouveront comme aussi tous les adhérents des associations patriotiques et du monde combattant ici présentées. 

Le Général de corps d’armée (2s) Dominique DELORT, Président de la Saint-Cyrienne et du Comité National d’Entente.

Assemblée annuelle de l’Entente Patriotique de la Réunion

Les présidents quittant et prenant de l'Entente Patriotique de la Réunion

L’assemblée annuelle 2014 de l’Entente Patriotique de la Réunion a eu lieu, dans le charmant village de l’Entre-Deux, le dimanche 16 février .

20 des 24 associations adhérentes étaient présentes ou représentées. Les travaux se sont déroulés dans la salle d’honneur de la Mairie.

Le CV(r) Patrick BOUTEILLER (président de l’ACORAM Réunion) à passé le flambeau de la présidence déléguée à M. Jocelyn CEUS (président de  l’ACVGR).

M. Bachil VALY, maire de l’Entre-Deux, et son premier adjoint Marc ERAPA étaient présents à la clôture des travaux et au dépôt de gerbes au monument aux morts qui a suivi. Un pot de l’amitié a ensuite réuni tous les participants à la mairie avant un déjeuner convivial et créole au restaurant « Le Longanis ».

Travaux de l'assemblée dans la salle d'honneur de la mairie de l'Entre-Deux

Dépôt de gerbes aux monument aux morts

Un papillon dans le chaos

Depuis son indépendance en 1960, la Centrafrique a connu une succession de pouvoirs népotiques et incompétents issus de coups d’Etat accentuant à chaque fois l’instabilité politique du pays et maintenant la grande majorité de la population dans la misère. Dans un contexte régional de montée en puissance d’organisations non-étatiques face à des institutions affaiblies, la prise du pouvoir par François Bozizé en mars 2003 avec l’aide du Tchad marque cependant bien plus que la nouvelle expression d’une ambition rapace, c’est après la Somalie ou la république démocratique du Congo l’acte de décès de ce qui restait de l’Etat local et l’accélération de l’effondrement d’un pays.

Au coeur des ténèbres

Dans les mois qui suivent le coup d’Etat de Bozizé s’organisent des organisations politico-militaires, conçues souvent pour défendre les intérêts d’une ethnie avant d’élargir le champ de ses recrutements et de ses activités ayant souvent peu de rapports avec leur nom. La principale d’entre elles est l’Union des forces démocratiques pour le rassemblement (UFDR) de Michel Djotodia, proche du nouveau régime avant d’être accusé de complot. L’UFDR occupe la préfecture de Vakaga près des frontières soudanaise et tchadienne. Avec plusieurs autres mouvements alliés, l’UFDR, engage la guerre contre le pouvoir central jusqu’au début de 2007 lorsque François Bozizé accepte de négocier.

Les forces françaises, qui avaient quitté le pays en 1998, sont à nouveau modestement présentes à partir de 2003 dans le cadre d’un programme d’aide à la formation des Forces armées centrafricaines (FACA). Elles interviennent ponctuellement contre les rebelles dans la région de Birao en novembre 2006 et mars 2007 pour aider le petit contingent français sur place. Une force interafricaine sous mandat régional ou des Nations-Unies aux noms variés (MISAB, MINURCA, MINUC, MICOPAX et désormais MISCA) est également présente en permanence à Bangui depuis les troubles de 1996.

En août 2012, quatre mouvements d’opposition dont l’UFDR et la Convention des patriotes pour la justice et la paix (CPJP) du général Noureddine Adam, proche du Tchad, s’associent pour former la Seleka (« Alliance » en langue sango) et reprendre les armes face à un gouvernement qui n’a pas respecté les accords de 2007. La Seleka regroupe de 15 à 20 000 combattants dont beaucoup de jeunes désoeuvrés et surtout d’étrangers, mercenaires ou simples éleveurs nomades. Aidé par le Tchad, qui a décidé d’abandonner Bozizé, la Seleka contrôle rapidement la majorité du pays, en particulier le Nord, et entre taxes, péages, confiscations ou pillages, le met en coupe réglée. L’Armée de résistance du Seigneur (ALR) de Joseph Kony, chassée d’Ouganda, est également présente dans le sud-est sans intervenir directement dans les combats. La Seleka étant composée pour une grande majorité de musulmans alors que le pays est chrétien à 80 %. François Bozizé agite la peur du djihadisme et favorise les milices d’auto-défense anti-balaka (« anti-machette »). Il est vrai que exactions de la Seleka contre des villages chrétiens et la destruction d’églises donnent de la consistance à ses propos. Bozizé fait appel aussi à la France, qui refuse de l’aider puis à la République sud-africaine qui envoie un bataillon de 200 hommes.

En janvier 2013, les accords de Libreville mettent fin provisoirement aux combats. Un gouvernement d’union nationale est mis en place avec Michel Djotodia comme vice-premier ministre et ministre de la défense. A la mi-mars 2013, Bozizé annonce qu’il se représentera 2

aux élections de 2015 ce qui est contraire à la constitution et suscite la colère des opposants. En mars, Noureddine Adam rompt le premier la trêve en s’emparant de Sido et de Bangassou à la frontière tchadienne. Le 24 mars, la Seleka aidée par Tchadiens s’empare de Bangui, Bozizé demande une nouvelle fois l’aide de la France puis s’enfuit. Le 25 mars, 13 soldats sud-africains sont tués.

Un nouveau gouvernement, censé être provisoire, est mis en place. Michel Djotodia s’autoproclame Président de la république et Noureddine Adam est nommé ministre de la sécurité publique. Une des premières mesures de ce nouveau gouvernement est de reconsidérer les contrats pétroliers au profit du Tchad.

Le pouvoir acquis et l’argent attendu ne venant pas de caisses vides, les groupes de la Seleka reprennent leur autonomie pour « se payer sur la bête », en pillant la population. En août 2013, le ratissage du quartier de Bouira à Bangui, censé être le refuge de partisans du président déchu, est l’occasion d’un nouveau massacre. La population fuit vers l’aéroport de M’Poko tenu par les forces françaises. Le cycle de la violence et de la vengeance accélère et commence à déborder sur les pays voisins. En septembre, Michel Djotodia se désolidarise de la Seleka qui est officiellement dissoute. Aux abois, il fait appel à la France tout en prenant contact en novembre avec Joseph Kony.

Le pays, le 4ème plus pauvre du monde, est désormais ruiné et exsangue. L’administration et les services publics, modestement financés depuis quelques années par le Congo, principal soutien de Bozizé, n’existent pratiquement plus. Les Seleka ont même brûlé les archives de l’état-civil de Bangui et la plupart des habitants n’ont plus de papiers d’identité. Il est désormais impossible de déterminer la nationalité de chacun dans ce pays ouvert, ce qui rend de fait impossible toute élection à court terme.

Une opération risquée

C’est dans ce contexte que la France décide d’intervenir militairement dans le cadre d’un mandat du Conseil de sécurité des Nations-Unies. Outre l’urgence humanitaire, il ne s’agit pas là de défendre des intérêts locaux très limités mais plutôt de préserver une influence dans la région (une quarantaine de votes quasi automatiques africains aux Nations unies, la zone monétaire CFA et intérêts économiques). Il s’agit surtout d’éviter que la Centrafrique ne se transforme définitivement en zone de non-droit entraînant les pays voisins dans une grave instabilité avec le risque de développement d’organisations islamistes radicales à la manière de Boko Haram dans le nord du Nigéria.

On aurait pu faire la guerre, en désignant un ennemi à combattre qui n’aurait pu être que la Seleka. L’inhibition de l’accusation de retour à la « Françafrique », l’éclatement de la Seleka et sa criminalisation, l’ambiguïté du pouvoir de Michel Djotodia, à la fois objet et cause de l’intervention, la dette envers le président tchadien Idriss Déby, principal allié de la France au Mali et de la Seleka en Centrafrique, rendaient difficile cette voie.

On fait donc le choix d’une opération de stabilisation, c’est-à-dire une mission militaire de sécurisation sans ennemi, autrement dit une mission de police. Comme cela est déjà été évoqué, le premier principe de ce type d’opérations est d’être suffisamment fort pour pouvoir s’imposer à tout le monde en même temps, de manière à éviter que les désarmés soit tout de suite les victimes des représailles de ceux qui ne le sont pas encore. Cela demande des effectifs d’autant plus importants que les violences ont été fortes (cf. infra, L’ordre et le chaos, les risques des opérations de stabilisation). Une ville de plus d’un million d’habitants demande ainsi la présence d’au moins 15 000 hommes pour assurer sa sécurité, soit le contrat d’objectif qui est fixé aux forces françaises par le dernier Livre blanc de la défense. L’engagement d’un tel volume, alors que d’autres opérations sont en cours et que les effectifs 3

globaux se réduisent par mesure d’économie, était évidemment inconcevable avec notre modèle de forces. Par ailleurs, même avec les effectifs militaires suffisants la véritable sécurité ne peut s’obtenir qu’avec la mise en place d’institutions politiques stables avec des instruments régaliens efficaces, ce qui demande beaucoup de temps.

Le manque de moyens et le souci d’un faible coût politique intérieur associé à la version française de la doctrine américaine de First in, first out du début des années 2000 – dont a pu mesurer le succès par la suite – ont conduit au choix de l’audace avec une opération limitée mais à haut risque. L’opération de stabilisation Sangaris est finalement déclenchée a minima, avec seulement 1 600 hommes. La seule arrivée de cinq compagnies d’infanterie survolées d’avions Rafale était censée impressionner les factions, stimuler l’engagement d’autres nations africaines et peut-être même européennes dans la force des Nations-Unies et permettre ainsi d’imposer un minimum de sécurité dans la capitale et les principales localités. Au bout de six mois, comme au Mali, la force française aurait pu passer en deuxième échelon voire se retirer.

Malheureusement, le temps n’est plus où 300 marsouins pouvaient changer l’histoire de l’Afrique. Les différentes organisations armées sont motivées et bien organisées. Force est de constater que le choc psychologique attendu n’a pas été au rendez-vous et que la force française est dans une situation délicate, incapable par son faible volume de s’imposer à tous. Le changement de stratégie semble inévitable entre le retrait rapide, en considérant la mission comme impossible et trop coûteuse, et le choix de la guerre contre la Seleka en passant par le renforcement de la force française (au minimum 5 000 hommes) et internationale (au moins 10 000 hommes) pour une opération de stabilisation efficace.

L’ordre et le chaos, les risques des opérations de stabilisation

Si les guerres conduites par la France depuis 1962 ont toutes été des succès, même relatifs et temporaires, le résultat des opérations de stabilisation – c’est-à-dire, rappelons-le, visant à sécuriser une population sans avoir un ennemi désigné – est beaucoup plus mitigé. Le choix de l’impartialité dans un contexte violent rend de fait ces opérations plus complexes à conduire et au bout du compte, la « maitrise de la violence » s’avère souvent plus coûteuse, et en premier lieu en vies humaines, que le choix de la guerre.

Pour réussir, ces actions de stabilisation doivent éviter deux risques.

Le premier est celui de l’insuffisance des moyens et même si des instruments comme les drones sont utiles, ces moyens sont d’abord humains. Les forces en uniforme représentent environ 1 % de la population française. Dans un contexte où il s’agit d’imposer la sécurité dans une zone particulièrement difficile ce rapport est nécessairement supérieur.

L’Implementation force de l’OTAN a commencé avec 55 000 hommes au milieu de 3,5 millions de Bosniaques (1 pour 60 civils). Quatre ans plus tard, la Kosovo force a engagé avec 50 000 hommes pour 1,8 million d’habitants (1 pour 36).

Lorsqu’il s’engage dans la ville de Mossoul en mai 2003 (une ville de la taille de Bangui), alors en proie aux troubles, le général Petraeus est obligée d’engager la presque totalité de la 101ème division, soit 20 000 hommes, pour contrôler 1 million d’habitants (1 pour 50). Lorsqu’il revient quatre ans plus tard à Bagdad (6 millions d’habitants avant la crise) en proie à la guerre civile, c’est dix brigades américaines, 80 000 soldats irakiens et presque autant de miliciens du Sahwa qu’il faut engager pour rétablir la situation (entre 1 pour 30 et 1 pour 50).

Le rapport d’1 soldat ou policier pour 50 habitants semble donc être un minimum pour imposer un quadrillage complet d’un secteur en proie à la violence. On peut alors désarmer massivement tout en assurant la sécurité de ceux-là mêmes que l’on vient de désarmer. Sous de ce seuil, on laisse des zones hors de contrôle, les rebelles au désarmement peuvent plus facilement se dérober et, pour ceux qui ont pris les armes pour se défendre, ils sont d’autant moins incités à s’en débarrasser qu’ils deviendraient ainsi vulnérables.

Plus on attend pour intervenir, plus la violence s’accroît et plus les moyens nécessaires sont importants. Inversement, une fois le désarmement principal assuré et les esprits un peu apaisé, la force peut être réduite normalement assez vite.

Tailler une force à minima c’est donc courir le risque de l’impuissance et de se contenter de l’interposition en attendant que les problèmes locaux se résolvent d’eux-mêmes. La force impuissante subit alors les événements et devient très vulnérable aux agressions diverses. Les pertes apparemment inutiles, les moins acceptables, s’accumulent alors.

On notera qu’avec la réduction régulière des effectifs de leurs forces à terre et l’augmentation régulière de la population des pays en crise, cette capacité de stabilisation échappe de plus en plus aux forces armées occidentales.

Ainsi, avec le nouveau contrat d’objectif défini par le Livre blanc de 2013, l’armée de terre française toute entière (même aidée des vols à basse altitude des Rafale) ne peut plus assurer la sécurité au-delà d’une population d’environ 750 000 habitants. 5

Le second risque est, paradoxalement, de trop transformer la situation locale.

L’attitude des forces étrangères vis-à-vis de la population, la durée de leur présence sur ce sol étranger, leur impact économique, plus largement la forme de la normalisation proposée par l’intervention peuvent provoquer la formation d’ennemis.

L’apparition de la guérilla sunnite irakienne quelques mois après la chute du régime de Saddam Hussein est un parfait exemple de cette sécrétion. L’ennemi peut aussi venir de l’extérieur pour frapper la force impartiale comme le Hezbollah, bras armé au Liban de la Syrie et de l’Iran face à la force multinationale de Beyrouth.

Toute la difficulté est de déceler puis surtout d’accepter cette évolution. La France déclare ne pas avoir d’ennemi au Liban juste avant de perdre 58 soldats dans une attaque. En Irak, en 2004, la Coalition commence par analyser les agresseurs comme des bandits ou des nostalgiques de Saddam Hussein et non comme un phénomène nouveau provoqué par sa présence. Le développement de l’armée du Mahdi est ignoré. La présence visible devient alors vulnérable, non plus seulement à des agressions sporadiques de bandits mais à des attaques délibérées de grande ampleur. Il faut alors, comme la 1ère Division de cavalerie américaine en 2004, à la fois continuer à gérer la sécurité de Bagdad tout en combattant l’armée du Mahdi maîtresse du quartier Sadr-City en 2004.

Le processus type des opérations de stabilisation comprend donc une première phase d’imposition de la sécurité avec des forces suffisamment puissantes pour s’imposer à tous simultanément. Quelques jours peuvent suffire.

Suit une phase beaucoup plus longue, généralement plusieurs années, de normalisation de la situation et de prise en compte de la sécurité par les forces locales. Les paramètres qui jouent sur le succès de la mission sont nombreux et pas toujours maîtrisables par la force engagée.

Ce type d’opération, paré de vertus humanitaires, paraît toujours plus acceptable.

La voie de l’épée, COL M. Goya